La Chine vient de frapper un grand coup dans la gouvernance du numérique. Depuis le 25 octobre 2025, les influenceurs chinois n’ont plus le droit de s’exprimer sur des sujets sensibles ou techniques, santé, droit, finance, éducation, sans justifier d’un diplôme, d’une licence ou d’une certification officielle. La Cyberspace Administration of China (CAC), l’autorité chargée de réguler Internet, veut ainsi mettre fin à la désinformation qui pollue les réseaux sociaux et menace la cohésion nationale. Les plateformes comme Douyin, Weibo ou Bilibili ont désormais l’obligation de vérifier les qualifications des créateurs et d’afficher la source ou la mention d’intelligence artificielle sur les publications concernées.
Si cette mesure a suscité quelques débats, elle repose sur un principe clair, qui est l’accès à la parole publique, surtout sur les sujets techniques, qui doivent être encadrés pour garantir la fiabilité de l’information. En Chine, cette décision n’est pas perçue comme une restriction des libertés, mais comme une tentative de protéger la population contre les manipulations et les dérives d’une parole numérique devenue incontrôlable.
Cette démarche interroge profondément l’Afrique, où les réseaux sociaux sont devenus une arme à double tranchant. Sur tout le continent, les plateformes sont à la fois des espaces d’expression populaire et des foyers de désinformation, de discours de haine et de divisions politiques. Les campagnes de rumeurs, les fake news sur la santé ou les institutions, et les manipulations orchestrées en période électorale fragilisent les sociétés et alimentent la méfiance envers les autorités. L’usage souvent impulsif et mal encadré des réseaux contribue à déstabiliser les nations plutôt qu’à les construire.
Dès lors, la question se pose : l’Afrique ne gagnerait-elle pas à s’inspirer, à sa manière, du modèle chinois ? Non pas pour museler les citoyens, mais pour protéger la vérité, préserver la paix et responsabiliser la parole publique. Un cadre qui exige des compétences pour parler de sujets techniques, qui oblige les plateformes à vérifier les sources, et qui encourage l’éducation numérique pourrait être une réponse africaine à un problème mondial.
Réguler ne signifie pas censurer. C’est choisir de bâtir un espace numérique où la liberté s’exerce avec responsabilité, où la parole éclaire au lieu de détruire. Face aux dangers croissants de la désinformation, l’Afrique a tout à gagner à reprendre la main sur ses réseaux, avant que les paroles en ligne ne deviennent des menaces bien réelles pour ses nations.

















































